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Un poème de Manel :

L'Hirondelle de Saint Martin

Un beau matin au réveil
j'ai entendu le chant harmonieux
d'un oiseau posé
sur le toit de ma maisonnette.

 

Moi, voyez-vous, je suis fou
des bêtes et des oiseaux
de ce pays, et j'écoutais
les trilles de I'oiselet.

 

Mais dans mon coeur se mit à résonner
la douce voix qui chantait :
Manel, semblait-elle crier,
sors de chez toi, je veux te parler !

 

Je saute alors de mon lit
et m'exécute sans tarder,
et dans I'oiseau que j'aperçois
je reconnais une hirondelle.

 

C'était bien après l'été
quand la bise du Nord
fait fondre sur le Roussillon
pluie, neige, givre et froidure.

 

Une triste saison où les oiseaux,
hirondelles et martinets,
fuient vers des pays plus chauds
au printemps éternel.

 

Mer, tours et clochers,
rivières, monts et plaines,
vous ne verrez plus leurs ailes,
vous n'entendrez plus leurs cris !

 

Ce jour là, pluie, vent, froidure
s'étaient déchaînés tous à la fois,
et bien des oiseaux étrangers
furent trouvés morts sur les chemins.

 

Mais mon oiseau faisait fi
de la tempête.
Il ne cessait de me saluer,
de sautiller et de chanter.

 

Pourquoi chantes-tu ? La tristesse
a envahi la nature.
Le Roussillon ne te plaît-il pas ?
As-tu perdu ta nichée ?

 

Manques-tu de nourriture ?
Tu sais, ici nous avons de tout,
même de I'amour. Ne dit-on pas :
respectez I'hirondelle, c'est l'oiseau de Dieu !

 

 Viens ! Si tu ne veux pas partir
tu ne souffriras pas du froid,
avec plaisir je prendrai soin de toi ;
et tu auras un doux lit de coton.

 

De L'Albère jusqu'à I'étranger
le voyage est très, très long,
et bien risqué le chemin,
tu n'en verras peut-être pas la fin !

 

Pour te mener si loin
tes ailes seront courtes,
tu tomberas dans la mer
et ne verras jamais plus Saint-Martin.

 

Viens chez moi. J'aime les gens, les oiseaux,
bêtes, moutons et agneaux,
chiens, chats, écureuils et grands ducs,
j'ai même nourri deux loups.

 

Manel, me répond I'oiselet,
tout ce que je fais c'est pour toi.
Je ris, je joue, je chante et sautille
pour l'enfant de Saint-Martin.

 

J'ai vu tes travaux, tes bois,
fontaines, tours et abris,
et tout cela m'a ravi ;
je viens te féliciter.

 

J'ai vu la tour de Manel ;
on dirait qu'elle touche le ciel :
le brouillard lui sert de trône
et l'éclair de couronne.

 

A ses pieds s'étend la plaine
du Roussillon et d'Espagne,
leurs frais villages,
leurs jardins, vignes et prés.

 

De 1à haut on peut voir, à gauche,
une source près d'une clairière,
sur un col entre deux sommets :
c'est la Reine des Sources.

 

En ce lieu enchanteur
on trouve l'air pur, la fraîcheur,
une eau blanche comme de I'argent,
I'ombre et le repos y sont excellents.

 

Quand trempée, sale et lasse,
je me suis lavée dans son eau,
j'y ai perdu la faiblesse
pour en tirer force et beauté.

 

Ce matin quand je passais
un écriteau pendait à un pin ;
on pouvait y lire : Beauté du Pays,
la Reine est un paradis !

 

J'ai vu, et tout cela m'enchante,
le bois de la fontaine ferrugineuse,
la Font d'en Manel,
et ton jardin plein de fruits et de fleurs.

 

 Ta main, main d'enchanteur
a fait, comme le Créateur,
d'un désert une oasis,
de l'Albère un paradis.

 

Maintenant je dois partir,
je ne peux rester plus longtemps,
le temps est froid et mortel
j'aspire à un pays plus chaud.

 

Bien sûr, c'est un long voyage ;
mais je ne crains ni mer,
ni froid, ni tempête ;
je suis chargée d'une mission.

 

Je m'en vais au pays de Dieu,
pays où le juif ingrat
a tué Notre Seigneur ;
je vais lui parler de toi.

 

 Je lui demanderai qu'il te donne la santé,
une longue vie, et surtout
qu'à ta mort il t'accueille dans son ciel.
Adieu, donc, adieu Manel.

 

Ceci dit, dans les airs l'oiseau s'enfuit,
s'enfuit et fuit encore.
Un cri s'échappe de mon coeur :
Cri de joie, cri de douleur.

 

(Traduction du catalan de Joan TOCABENS)

L'original, en Catalan

Extrait des Cahiers de la Rome, Année 2003, N°12,
Bulletin de l'Association pour le patrimoine de la vallée de la Rome,
Maison de l'Histoire  1 Rue des Ecoles  66160 LE BOULOU   aspavarom@gmail.com

      

Manel, berger de l'Albère